Chaire « User eXperiences for Smart Life: Home & Mobility » : Interview croisée de deux des entreprises partenaires

Bertrand STELANDRE, co-fondateur de la start-up Epicnpoc, et Lenny GLAZMAN, représentant en France de la société américaine VeeA, nous livrent leur vision de la chaire portée par la Fondation UCA.

Conçue par la Fondation UCA, la Chaire « User eXperiences for Smart Life: Home & Mobility », appliquée à la plateforme Smart Home et Mobility de l’IMREDD, a pour objectif de tester et d’étudier l’acceptabilité et l’impact sur les usagers des nouveaux systèmes connectés et des services numériques associés imaginés par les entreprises partenaires. Hybride et novatrice, la chaire scientifique s’est construite dès l’origine sur un partenariat fort entre chercheurs issus des laboratoires I3S, GREDEG, LEAT, LAPCOS et de l’INRIA et les start-up Epicnpoc (produit logiciel et design d’expériences utilisateurs) et ISFM (constructeurs de nouvelles mobilités) rejointes par les premiers partenaires financeurs de la chaire : Transdev (opérateur de mobilité), SIKUR (Cyber sécurité, Internet of Vehicle) et VeeA (edge computing, protocoles de communication). La co-construction et la collaboration permanente de l’ensemble des parties prenantes favorisent une approche collective d’une innovation répondant aux besoins sociétaux et à la nécessité d’un développement économique.

Pouvez-vous nous présenter vos entreprises en quelques mots ?

Epicnpoc : Epicnpoc est une start-up qui travaille sur des méthodologies et des suites logicielles centrées autour de l’utilisateur. Nous sommes des designers d’expériences digitales. En d’autres termes, nous fournissons des méthodologies qui utilisent les outils les plus avancés en systèmes digitaux complexes qui permettent de réaliser des expériences utilisateurs désirables, faisables et viables. Désirables pour l’utilisateur car elles répondent à des vraies attentes, faisables car notre technologie permet de connecter des éléments qui ne se connectent pas à priori et viables car elles engendrent des business models. Notre objectif est de développer un laboratoire de design d’expériences utilisateurs, un écosystème ouvert avec des méthodologies et une suite logicielle dont le langage graphique permet de traduire la logique de l’expérience à réaliser. 80 % de notre équipe sont basés à Sophia-Antipolis et l’autre partie travaille pour le laboratoire d’exploration créé par Renault et Nissan au sein duquel oeuvrent une vingtaine d’entreprises autour des nouvelles mobilités, des nouvelles façons de travailler, de l’innovation en système ouvert. Notre rôle dans ce cadre est de permettre à tout le monde de travailler sur un projet commun.

VeeA : Nous sommes une société américaine de 140 salariés, dont 120 ingénieurs. Nous avons développé une plateforme universelle pour l’internet des objets, une solution d’edge computing. Notre société est fondée sur une idée assez simple : le monde va être de plus en plus connecté, mais les objets connectés ne parlent pas tous le même langage. Nous avons donc conçu des produits complexes capables de parler plusieurs langages, de récupérer, de sécuriser et de stocker les data en local. Nous sommes des architectes de réseau. Le matériel que nous fournissons, parce qu’il peut gérer des protocoles très différents,  permet à des villes comme Nice ou à des organisations comme l’IMREDD de parler à une quantité infinie d’applications et d’agréger toutes les données d’une manière efficace et beaucoup moins onéreuse. Les villes intelligentes ont besoin de capteurs de pollution, de caméras intelligentes, de WIFI public… autant d’applications que notre solution prend en charge.

Que représente pour vous la chaire UX ?

E : La chaire est liée à 100% avec la mission que nous nous sommes donnée : aider nos clients à développer leurs innovations autour de l’expérience utilisateur. La chaire est un regroupement de grandes entreprises comme Transdev, d’entreprises de taille moyenne comme VeeA, de start-up comme nous. Epicnpoc doit faire le lien entre ces trois entités afin d’obtenir un produit global. Ce regroupement est le premier intérêt de la chaire car nous ne pouvons rien faire tout seul. Faire partie de la chaire, c’est intégrer un écosystème qui inclut le monde des entreprises et le monde académique, c’est donc collaborer avec des chercheurs qui travaillent à la fois sur des éléments techniques comme l’IA, mais aussi sur la connaissance et la mesure de l’intérêt utilisateur, c’est à dire sur les sciences humaines. On voit bien que l’ingénieur de demain sera aussi un designer : il devra non seulement innover en utilisant des techniques et la science, mais il devra aussi se poser la question du bénéfice humain de ses réalisations. Comment va-t-on trouver des solutions ensemble, nous les trois entités de la chaire, pour faire avancer l’innovation dans les domaines de la mobilité, de la maison intelligente… ? Cette façon de travailler est complètement nouvelle. Avant l’innovation se faisait dans un laboratoire fermé, caché. Maintenant l’innovation est le résultat d’un travail collaboratif ouvert entre le politique, l’académique et les entreprises. La chaire, c’est cela et c’est bien ce que les discours de son inauguration soulignaient : l’opportunité d’un travail collaboratif. La chaire est un terrain de jeu sur lequel nous devons nous placer. Nous avons deux rôles au sein de la chaire. Le premier est de créer des dispositifs expérientiels, des machines de tests qui permettront aux chercheurs de connecter divers éléments et d’observer les utilisateurs en situation d’utilisation. Le second est d’accompagner le travail de recherche sur la validation des systèmes et d’expériences bénéfiques pour l’utilisateur. La première étape est de créer une première machine de tests à l’échelle d’une maison et d’un système de mobilité avec des véhicules qui y seront connectés.

V : Quand nous sommes venus à Nice voir l’IMREDD , nous nous sommes rendus compte qu’ils avaient énormément de solutions très intelligentes et efficaces que notre plateforme d’edge computing pouvait contribuer à mieux gérer pour un coût moindre. Le lien s’est fait comme cela. La grande utilité de la chaire est de nous connecter à d’autres partenaires, d’autres entreprises. Nous fournissons aux entreprises et au monde académique une plateforme de services ouverte et flexible grâce à laquelle les ingénieurs et les chercheurs du monde académique vont pouvoir créer de nouveaux cas d’usage, des applications que nous ne connaissons pas dans leurs différents domaines de prédilection. En retour, la chaire, grâce à l’expertise des uns et des autres, va nous donner l’opportunité d’explorer de nouveaux terrains. La chaire est très importante pour nous en terme d’innovation car elle se construit sur une confiance réciproque entre les partenaires. Nous avons tous envie de créer du win-win, des relations de co-développement dans lesquelles chacun est gagnant : les partenaires industriels, l’IMREDD, le client final, que ce soit une ville ou une personne. La chaire est un accélérateur pour tous. Notre solution hardware ouvre des portes par exemple à Epicnpoc qui en retour nous ouvre le domaine des voitures autonomes que nous n’aurions pas abordé de nous-même. La chaire est vraiment une co-construction de l’ensemble des partenaires. Quand j’ai présenté le projet de la chaire en interne, mon management a tout de suite compris l’intérêt d’avoir la force de frappe que représente le pouvoir intellectuel de l’université, les innovations à venir et derrière les opportunités directes avec tous les partenaires.

Pourquoi avoir choisi de financer spécifiquement cette chaire ? Sur notre territoire ?

E : Nous sommes implantés sur ce territoire depuis l’origine. Nous sommes partie prenante de l’écosystème sophiapolitain et nous participons déjà à des initiatives sur le véhicule connecté. Nous avons lancé notamment des développements sur divers thèmes avec Université Côte d’Azur et l’INRIA. La chaire est la continuité incarnée dans un projet au sein d’un écosystème dans lequel nous sommes très actifs. La chaire expérimente des domaines qui évoluent très vite : la mobilité, la maison intelligente, la smart city. La seule façon de pouvoir avancer en ayant une longueur d’avance sur notre marché est d’explorer et on ne peut pas explorer tout seul. Une partie de notre innovation interne est d’identifier ce dont nous aurons besoin demain. La chaire est un test in vitro qui nous permettra d’aller vite, de faire évoluer nos produits et l’entreprise vers les besoins de demain.

V : Nous ne sommes pas encore implantés sur le territoire. Notre investissement dans la chaire part de notre rencontre avec l’IMREDD, et cette rencontre et les partenariats de la chaire coïncident parfaitement avec notre développement en France. Nous avons saisi l’opportunité d’être entourés de talents. Nous sommes une société composée à 90% d’ingénieurs qui veulent innover, créer, collecter des informations, de nouveaux cas d’usage. La chaire a un objectif business, elle va engendrer une spirale positive pour les affaires, ouvrir des opportunités.

Quelle est votre vision de la Fondation UCA ? Comment la percevez-vous ?

E : Pour nous, la fondation est clairement une entité mise en œuvre pour faire la passerelle entre les entreprises, le monde académique et le politique. Ce qui nous plait beaucoup, c’est qu’elle est à la juste taille : une taille humaine suffisamment souple pour que nous puissions travailler ensemble. La Fondation UCA nous donne la possibilité, à nous petite start-up, d’avoir notre place dans une chaire de recherche, de travailler sur un terrain de jeu sur lequel nous avons la possibilité d’agir et d’apprendre. La chaire nous donne cette matière qui nous aide à penser, qui nous est indispensable car nous créons des méthodologies pour la compréhension du monde demain. Nous avons besoin d’avoir une vision prospective de la technologie, de la société, des personnes, de l’évolution des cultures pour trouver des solutions. Nous devons réfléchir ensemble au sens que nous donnons à l’innovation .

V : La fondation nous ouvre des portes. En connectant les entreprises entre elles, elle crée des opportunités. Notre business modèle est d’ailleurs fondé sur le partenariat. Avec la chaire portée par la Fondation, nous allons contribuer à créer des cas d’usage qui seront meilleurs pour l’économie, l’environnement. Améliorer la vie des gens est important pour nous et nous avons senti que ça l’était aussi pour la Fondation. La Fondation et VeeA se rejoignent sur l’humanisme de leur démarche. Pour nous, l’objectif des objets connectés est d’améliorer la vie de chacun. Nous travaillons ensemble pour un monde plus juste. Avec la Fondation, nous le ferons en étant plus efficaces, plus flexibles, plus ouverts et donc plus intelligents.

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