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Journée Internationale de la Lumière au Palais de l’UNESCO à Paris

Une journée de réflexion menée par trois prix Nobel de physique et les philosophes Laurence Vanin, titulaire de la chaire « Philosophie et éthique de la smart city » et  Monique Castillo.

La quatrième édition de la journée de la Lumière créée par l’ONU en 2015 s’est déroulée au Palais de L’UNESCO le 16 mai, sous l’égide du Comité National Lumière & Société. La date retenue par l’ONU célèbre la naissance du premier laser optique de Théodore Maiman, le 16 mai 1960. 600 évènements organisés dans plus de 80 pays ont rythmé cette journée consacrée au rôle central de la lumière dans nos sociétés. Chercheurs, économistes, acteurs politiques se sont notamment rencontrés à Trieste autour de la thématique du développement durable. Réunis dans la grande salle de conférence du Palais de l’UNESCO, devant une belle assemblée, Claude Cohen-Tannoudji, Serge Haroche, Gérard Mourou, tous trois prix Nobel de Physique, et les philosophes Laurence Vanin et Monique Castillo ont réfléchi ensemble à cette question essentielle : quelle Lumière pour notre temps ?

Cette journée de réflexion a été lancée par Madame Shamila Nair-Beduelle, sous-directrice générale de l’UNESCO pour le secteur des sciences exactes et naturelles et monsieur Laurent Stefanini, Ambassadeur de France à l’UNESCO. Tous deux ont souligné à quel point la lumière est précieuse pour le développement de nos sociétés. Ils ont rappelé que la journée de la Lumière devait être l’occasion d’une réflexion transversale, une rencontre entre la Recherche, l’Enseignement et la Culture dédiée aux moyens d’améliorer la vie grâce à la lumière : « Ensemble, nous pourrons illuminer la terre ».

Gérard Mourou, prix Nobel de physique 2018 a prononcé le discours d’ouverture « Passion lumière extrême » dans lequel il est revenu sur l’histoire scientifique de la lumière : sa libération de la soupe primordiale des particules 380 000 ans après le Big Bang, sa première description formelle physique par Augustin Fresnel en 1815, la création de la lumière cohérente grâce au laser de Théodore Maiman en 1960 et enfin le champ fascinant de son domaine de recherche, la lumière extrême. Les puissances et les pressions fabuleuses de la nouvelle génération des lasers réinventent aujourd’hui l’accélération des particules, une véritable révolution qui ouvre de nouvelles disciplines et la perspective d’applications scientifiques et sociétales majeures. La génération de lasers à impulsions optiques très intenses et ultra-courtes capables de modifier l’atome promettent des applications fascinantes : entre autres la destruction sélective des tumeurs en médecine, le traitement des déchets nucléaires par transmutation, la gestion des débris spatiaux grâce aux lasers à taux de répétitions élevés. La lumière est donc plus que jamais porteuse d’espoir et d’opportunités pour l’avenir des sciences et de la société, d’autant que le meilleur est encore à venir, selon le prix Nobel 2018.

Cependant, ces nouvelles perspectives sur la lumière ouvrent un débat philosophique essentiel car elles doivent s’inscrire dans un projet de civilisation placé sous le signe d’une double exigence d’éthique et de rationalité si nous voulons que cette révolution scientifique serve le bien-être de tous. Laurence Vanin, docteur en épistémologie, a proposé ce pas de côté propre à la philosophie qui permet de mettre en relation la lumière d’hier et celle de demain. Dans la smart city, dans ce moment particulier où la ville du future va proposer une nouvelle façon de concevoir le rapport à la lumière, la lumière ne sera plus conçue comme  un phénomène naturel, quelque chose qu’il faut contempler à l’extérieur de soi, mais comme ce que l’homme fabrique, une lumière qui devient objet de la technique. Nous vivons une époque charnière de notre civilisation, la théorie des ondes, internet, l’intelligence artificielle, va transformer de façon spectaculaire notre vie future. Dès lors que nous concevons la lumière comme objet technique, nous comprenons que la ville du future va devoir envisager le lampadaire autrement. La lumière ne sera plus là seulement pour nous éclairer mais pour nous ramener aussi aux questions essentielles de l’efficacité énergétique, de la sécurité et de l’inter-connectivité. Quand nos lampadaires seront des écosystèmes numériques en mesure d’enregistrer nos données, de tracer nos mouvements, nous devrons réfléchir aux usages que nous en aurons d’un point de vue éthique. La technologie ne doit pas aliéner l’homme, ni lui faire perdre le sens de ses actes. Le lumineux nous renvoie donc à l’ordre du sens. Si la smart city est cet espoir de donner à tous de la lumière, elle interroge aussi les valeurs de l’Humanité de demain. La lumière peut être aussi, comme l’a souligné également Monique Castillo, source de mal-être et de déstabilisation quand elle est synonyme d’innovation constante. Une révolution technologique et scientifique doit donc s’accompagner d’une révolution culturelle. Nos sociétés ont besoin d’une population éclairée, d’une démocratie intelligente au sein de laquelle les scientifiques sont appelés à être des éclaireurs de savoir, des acteurs de la vie publique, des éclaireurs éclairants.

Au cours de la table ronde qui réunissait les physiciens Nobel et les philosophes autour de ce lien entre Culture et Sciences, Serge Haroche est revenu longuement sur la fascination qu’exerce la lumière sur les physiciens, sur la profondeur des découvertes de la physique quantique. Véhicule de toutes les informations de l’univers, la lumière a cheminé avec l’acquisition du savoir, elle est ce qui nous permet de comprendre ce qui nous entoure. L’histoire des sciences de la lumière devrait être enseignée au même titre que l’Histoire du XXème siècle car elle est fondamentale pour la compréhension de notre univers. Pour les trois Nobel, nous sommes aujourd’hui à l’aube d’une révolution scientifique équivalente à celle qui a bouleversé la fin du XIXème siècle. L’énergie noire interroge la communauté scientifique. Sans doute, nous faudrait-il aujourd’hui un nouvel Einstein. Physiciens et philosophes font face à cette même évidence troublante : nous ne pouvons pas prévoir ce que sera la science de demain, ce que seront nos sociétés. L’essentiel est de préparer maintenant de bons scientifiques. L’Enseignement Supérieur doit donc favoriser la liberté totale dont ont besoin les scientifiques, surtout en physique quantique, un domaine difficile à appréhender.

L’université doit créer les conditions pour développer la fantaisie car la physique est esthétique, a conclu Claude Cohen-Tannoudji. De la fantaisie naissent les grandes découvertes. Recherche, Enseignement Supérieur et Culture doivent être ensemble les émulateurs d’un enthousiasme et d’une curiosité renouvelés chez les jeunes, l’avenir de nos sociétés.

Photographie : (c) Droits Réservés

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