La Fondation UCA soutient la politique Handicap de Université Côte d’Azur

 

Pierre Crescenzo,Vice-Président Politique Handicap de Université Côte d’Azur, anime la Mission Handicap UCA en collaboration avec Anne Brisswalter, Responsable de la Mission Handicap. Enseignant-chercheur en informatique, Pierre Crescenzo travaille sur un sujet de recherche à la croisée des Sciences Humaines et Sociales et de l’Intelligence Artificielle : la psychologie des êtres artificiels.

Interview de Pierre Crescenzo, vice-président de la Politique Handicap de UCA.

Pouvez-vous nous parler de vos fonctions au sein de l’université et plus largement de sa Politique Handicap ?

Ma charge de responsabilité au sein de UCA est de porter la politique handicap de l’université. Avec Anne Brisswalter, nous nous occupons de tout ce qui concerne les aménagements nécessaires aux personnes en situation de handicap au sein du collectif universitaire. Nos missions sont multiples : vérifier que telle personne qui a un problème de mobilité peut utiliser les rampes d’accès, que celui qui a un problème de vue peut suivre les cours correctement, que tel autre souffrant de dyslexie n’est pas évalué de la même manière qu’un étudiant n’en souffrant pas. Nous étudions également de quelles manières le handicap peut être pris en compte dans les sujets de recherche de l’université. Avons-nous des sujets qui concernent le handicap et comment pouvons-nous, en tant que spécialistes du handicap, y contribuer ? Nous travaillons aussi sur les enseignements. Comment la pédagogie peut-elle s’adapter au handicap qui n’est rien de plus qu’un besoin spécifique. Nous considérons, en effet, le handicap comme la spécificité d’un individu, non pas quelque chose qui est en moins, mais une particularité de la personne. Nous avons tous des particularités, officielles ou pas ! Chaque individu avec ses spécificités doit être en mesure de participer au collectif en tant qu’étudiant ou membre du personnel. Notre mission est de gérer la masse des individus en situation de handicap tout en nous attachant à chaque personne pour lui permettre d’être correctement intégrée dans le collectif. Je parle de masse sciemment car 25% de la population présentent un handicap. Les plus visibles, les personnes en fauteuils roulants, représentent seulement 2% de cette population. Plus de 80% des handicaps sont invisibles : les dyslexies, les conséquences des maladies chroniques, rares ou longues comme le cancer, les dépressions, etc. sont des handicaps. Une personne sur quatre en âge de travailler, en France et dans le monde, est considérée comme étant en situation de handicap. Tout ce qui peut avoir des répercussions sur le lieu de travail des individus, dans l’accomplissement de leurs tâches, dans leurs relations avec leurs collègues, nous concerne. Une politique handicap s’intéresse donc à un grand nombre de personnes, soit potentiellement 10 000 individus pour Université Côte d’Azur. Des règles générales permettent de gérer ce grand nombre mais nous devons être capables de les adapter à chaque cas, de nous attacher à chaque individu.

Concrètement comment mettez-vous en œuvre cette politique ? Êtes-vous aidés ?

Nous faisons tout pour que cela marche et nous avons beaucoup de réussites, des échecs aussi parfois. Globalement, nous arrivons à adapter les études et le travail de toutes les personnes en situation de handicap, et ce même pour les handicaps multiples qui conjuguent particularités motrices, psychiques et maladies chroniques. Depuis 2019, depuis le recrutement d’une professionnelle spécialisée dans les problématiques du handicap, Anne Brisswalter, nos capacités et notre niveau de gestion du handicap se sont considérablement élevés, à tel point que Université Côte d’Azur est souvent citée en exemple par le ministère pour sa politique handicap. Nous sommes une des meilleures universités dans la gestion du handicap, dans le déploiement du sujet en enseignement, en recherche et dans le développement d’un réseau dédié. Nous avons un budget spécifique qui est malheureusement totalement décorrélé entre le personnel de l’université et les étudiants. Nous aimerions qu’il en soit autrement car nous traitons dans tous les cas de personnes. Mais, en France, les lois du handicap au travail sont différentes des lois du handicap dans la société. Pour le personnel, nous avons un budget de l’université auquel vient s’adjoindre des financements d’organisations publiques comme le FIPHFP, Fonds d’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique, qui nous alloue un budget chaque année en contrepartie des efforts que nous faisons pour améliorer notre politique. Pour les étudiants, nous recevons du ministère un budget forfaitaire. Mais les financements ne suffisent pas, c’est pourquoi la Mission Handicap a développé un réseau qui lui permet d’élargir son champ d’actions. Dans chaque service de l’université, des membres du personnel et du corps enseignant ont accepté d’être nos correspondants, des ambassadeurs qui nous aident à répondre aux multiples demandes, à mettre en place les dispositifs et les outils nécessaires. Sur chaque campus, un chargé d’accueil des personnes en situation de handicap suit la mise en œuvre des aménagements nécessaires. Et nous nous appuyons également sur un réseau externe composé de collectivités territoriales, d’associations et d’entreprises du service public ou du secteur privé expertes dans le domaine du handicap auprès desquelles nous complétons nos financements ou auxquelles nous déléguons une partie du travail : bilan psychologique, étude ergonomique d’un bureau ou d’une classe pour tel ou tel individu. La Fondation UCA fait d’ailleurs partie intégrante de ce réseau.

Quels rôles a la Fondation UCA dans la politique handicap de l’université ?

Nous travaillons de plus en plus efficacement avec la fondation. Au début, nous avions surtout pensé à la fondation comme un outil supplémentaire de financement. Les membres du personnel de l’université disposent d’un budget bien doté par les politiques publiques, un budget qui suffit à satisfaire les besoins. En revanche, les moyens dont nous disposons pour les étudiants sont beaucoup plus faibles alors que les étudiants sont de loin les plus nombreux. Il nous faut trouver des moyens financiers supplémentaires pour augmenter la qualité de notre politique handicap à leur destination. Nous avons donc besoin de la fondation pour compléter le budget qui nous permet de réaliser pleinement notre politique handicap en interne, pour nous fournir en matériels également. La fondation UCA va, par exemple dans les mois à venir, fournir des ordinateurs à une partie de nos étudiants en situation de handicap. Le projet a été ajourné par la crise sanitaire, car la fondation a dû équiper en urgence le personnel et les étudiants dans le cadre du télétravail, mais il est toujours en cours. Nous nous sommes aperçus très vite que nous pouvions faire beaucoup plus avec la fondation, que nous pouvions travailler avec elle, notamment dans le cadre des bourses excellence.

Justement, pouvez-vous nous présenter la bourse Excellence universitaire et Situation de handicap qui va d’ailleurs être remise prochainement ?

L’idée nous a été soumise par la fondation. Il s’agit de reverser une partie des dons que la fondation reçoit de ses entreprises mécènes sous la forme d’une bourse d’excellence attribuée à un étudiant qui a réussi brillamment son cursus universitaire avec son handicap, quelle que soit sa spécificité. Les étudiants en situation de handicap réussissent très bien leurs études même si ces handicaps compliquent les choses. Notre rôle en tant que Mission Handicap est justement de compenser autant que nous le pouvons ces difficultés. Les bourses d’excellence ont pour vocation de mettre en avant des étudiants qui ont beaucoup travaillé et dont les résultats académiques démontrent la réussite. Les critères sociaux n’entrent pas en jeu dans ce type de bourses. J’insiste sur le fait que la situation de handicap n’est qu’un critère comme un autre dans la sélection des lauréats. Nous n’avons pas sélectionné le meilleur étudiant des étudiants handicapés, ce qui serait revenu à faire un groupe un part, à les discriminer. Tous les étudiants de Université Côte d’Azur pouvaient candidater aux bourses d’excellence. Seuls les meilleurs d’entre eux ont été sélectionnés et la bourse d’excellence handicap a été attribuée à celui ou celle de ces meilleurs qui répondait par ailleurs au critère handicap.

Le projet étudiant UNIWAY a été un des premiers projets financés sur la plateforme de financement participatif de la fondation. En quelques mots, où en est-il ?

UNIWAY est un des projets dont je suis l’encadrant universitaire. UNIWAY est un projet Invent@UCA sur le sujet du handicap. Il propose de fournir aux personnes en situation de handicap ou pas une application GPS qui leur permettra de se déplacer facilement sur les campus quelles que soient leurs spécificités individuelles. L’application proposera aussi à chaque utilisateur, et cette idée est très novatrice, la possibilité d’expliquer son handicap sur une page privée et confidentielle dont il pourra donner accès aux personnes de son choix. Expliquer son handicap n’est jamais simple parce qu’un handicap touche à l’intime, au parcours individuel de chacun. Ne pas avoir tout à redire à chaque fois à chaque nouvel interlocuteur sera un véritable soulagement, surtout pour tous ceux qui souffrent d’un handicap invisible. UNIWAY proposera aussi l’échange de ressources universitaires adaptées à tels ou tels types de handicap, sous des formes variées : vidéo, croquis faciles à lire et écrire… L’application sera développée progressivement mais elle prévoit déjà l’intégration de l’ensemble des fonctionnalités. UNIWAY a non seulement reçu le prix Invent@UCA, mais aussi le prix de la Fondation UCA, ce qui lui a permis d’obtenir le financement nécessaire à son développement sur la plateforme de financement participatif de la fondation. Aujourd’hui, UNIWAY est en passe de devenir un produit car les étudiants du projet ont maintenant les moyens de monter une plateforme logicielle sur laquelle implémenter leurs idées. Quand l’application aura été testée sur nos campus, nous pourrons tout à fait imaginer son extension sur l’ensemble des universités françaises.

Comment voyez-vous votre collaboration avec la Fondation à l’avenir ?

La mission handicap est assez jeune mais nous arrivons assez bien à travailler avec les étudiants et de mieux en mieux avec les membres du personnel de l’université sur les aspects recherche et pédagogie. Nous avons un bon réseau de services publics et privés, d’associations. La fondation nous a notamment beaucoup aidé à y intégrer les collectivités territoriales. Maintenant, nous aimerions développer des projets collaboratifs avec des entreprises, ce qui rentre tout à fait dans le cadre des missions de la fondation, des projets intéressants à la fois pour les entreprises et les publics de l’université. La fondation nous mettra en relation avec les entreprises et assurera le fonctionnement et la pérennité des projets. Un des thèmes sur lequel nous pourrions travailler est l’accessibilité numérique. Il existe des normes pour rendre les sites web accessibles aux personnes en situation de handicap mais elles ne résolvent qu’une infime partie des problèmes. Par contre, l’informatique en général, les logiciels, les applications, les nouvelles technologies fondées sur l’Intelligence Artificielle ne tiennent pas compte du handicap possible de leurs utilisateurs, soit un quart de ces derniers. Le handicap est un champ d’application assez exceptionnel pour les nouvelles technologies. Pour nous, la fondation est le rouage nécessaire de nos futures collaborations avec des entreprises.

La cérémonie de la remise des bourses d’excellence est prévue dans le courant du mois d’octobre. Nous aurons le plaisir de vous présenter les lauréats de la nouvelle promotion.

Photographie : (c) Auélie Macarri / Université Côte d’Azur

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