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Rencontre avec Jean-Marc Gambaudo, Président de UCA, et Stéphane Ngô MaÏ, Vice-Président à la stratégie et au développement

Penser Université Côte d’Azur, c’est réfléchir à ce que nous voulons pour notre territoire

Avec Frédérique Vidal, qui fut avant d’être nommée ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, présidente de l’Université de Nice Sophia-Antipolis, Jean-Marc Gambaudo et Stéphane Ngo Maï ont piloté la candidature de l’université à l’IDEX 2016. Jean-Marc Gambaudo  préside la création de Université Côte d’Azur dont la Fondation soutient le développement.

Pouvez-vous définir UCA et ce qui a présidé à sa création ?

SNM

La création de UCA répond à un mouvement d’ensemble. Les réformes qui se sont succédées sous l’impulsion des divers gouvernements  visent à inscrire la France dans l’économie de la connaissance et de l’innovation, à la faire passer d’un monde caractérisé par la consommation de masse issue de l’industrialisation  à un nouveau modèle post-industriel au sein duquel la richesse de la Nation est davantage liée aux activités de la connaissance, de recherche et d’innovation. Ces dernières prennent un poids beaucoup plus important que par le passé. La formation, on le comprend, sera au centre de cette économie de la connaissance. Nous devons aussi  répondre maintenant à un certain nombre de problèmes sociétaux, tels que l’impact de l’intelligence artificielle, le vieillissement des populations ou encore le réchauffement climatique. Pour apporter des réponses concrètes, le monde de l’Enseignement et de la Recherche doit s’ancrer sur le territoire. Ce mouvement n’est pas franco-français, il correspond à un moment de nos sociétés sur le plan mondial. Cette transition nécessaire s’est donc traduite par une série de réformes dont le but est de coordonner le acteurs institutionnels  sur un territoire, de leur donner plus d’autonomie afin qu’ils co-construisent leur vision de l’avenir. Ce que nous vivons ici aujourd’hui en termes de rationalisation et de coordination sur le territoire, de fusion des universités, nous le voyons émerger  partout  notamment en Europe du nord, en Russie ou encore en en Chine, … Tout cela pour expliquer que ce que nous vivons ici à Nice est un moment de l’histoire des transformations de nos sociétés.

JMG

Au cours de leur carrière, les gens devront se reformer plusieurs fois. L’université sera au centre de tout. Ce que nous voulons, c’est ne pas rater cela sur la Côte d’Azur. L’université doit être partie prenante de son tissu socio-économique. UCA est la réponse locale à ce mouvement de regroupement des sites universitaires et de recherche. Dans un premier temps,  nous avons créé une communauté d’universités et d’établissements, une COMUE, qui avait pour vocation de regrouper tous les acteurs de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche des Alpes-Maritimes. Nous avons un spectre très large : l’Observatoire de la Côte d’Azur, le CHU, des école de commerce, d’arts…  L’idée que nous avions au départ, c’était vraiment de penser un modèle d’université qui intègre tous les aspects de la formation supérieure, y compris les aspects artistiques. Nous avons beaucoup discuté avec les collectivités locales et les acteurs socio-économiques afin de répondre à cette question fondamentale : que doit être notre territoire demain ? Ensemble, nous avons déterminé la signature que nous devons impulser à UCA, une signature qui découle de ce qu’est notre territoire et des compétences internes à notre regroupement universitaire. L’autre aspect très important dans la création de cette COMUE est que nous voulions qu’il n’y ait pour l’Etat et toutes les parties prenantes qu’un seul interlocuteur sur le site quand on parle d’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Nous nous sommes démarqués des autres sites universitaires avec cette idée que nous pouvions avoir une université très implantée sur le territoire, qui travaille avec des collectivités locales et les entreprises, mais avec une vision partagée beaucoup plus intégrée que dans les autres universités, c’est à dire très horizontale.

SNM

Comprendre ce qu’est notre signature sur le territoire est essentiel car c’est aussi grâce à cela que nous pourrons garder notre rang au niveau international, que notre université aura une visibilité. Ce processus passe en partie  par la spécialisation des territoires : chaque région doit trouver ses avantages vis à vis de ses voisins. C’est la politique poursuivie par l’Union Européenne depuis plus de vingt ans.

JMG

Avec l’IDEX, nous ancrons l’université sur son territoire et c’est ce modèle que nous projetons à l’international. Pour ce faire, nous avons construit un rapport étroit avec les entreprises de notre région. Sur les 15 millions d’euros de dotation annuelle de l’IDEX, nous utilisons 25% pour les relations avec les entreprises. Sur 4 ans, ça fait 15 millions dédiés à la coopération enseignement, recherche et innovation avec  les entreprises, ce qui n’est pas négligeable. Nous avons toutes sortes de liens avec elles, des projets de recherche et développement communs par exemple. Notre avantage, ou ce que nous avons tourné à notre avantage, c’est l’effet péninsule de notre territoire. Le fait que nous soyons relativement isolés nous rapproche des entreprises car nous partageons les mêmes problèmes. Et puis, il faut faire changer la vision que l’on peut avoir de la Côte d’Azur. Nous pouvons être à la fois une région touristique et une région scientifique, ce n’est pas antagoniste !

SNM

L’idée maîtresse de notre IDEX, c’est aussi la transdisciplinarité, l’idée que nous ne pourrons pas résoudre les grandes problématiques de nos sociétés sans la collaboration de toutes les disciplines, de tous les acteurs d’un territoire. Nous voulons faire tomber les murs entre les chercheurs, entre l’université et son environnement immédiat. Travailler ensemble pour résoudre des problèmes précis.

Pourquoi est-ce si important d’obtenir cet IDEX en 2016 et de le conserver en 2020 ? 

SNM

Les territoires qui ne réussiront pas à se coordonner avec leurs universités vont vraisemblablement connaître de grandes difficultés. Ils resteront à la traîne. Les territoires coordonnés attireront les ressources. Les 10 universités qui ont l’IDEX ont un avantage certain. Pourquoi certaines universités ont-elles échoué ? Pour une raison simple : elles n’ont pas réussi à se doter d’une vision partagée assez fine de leur avenir.

JMG

Garder l’IDEX est un sacré enjeu ! Il y a deux choses que nous devons savoir faire : montrer que nous avons vraiment travaillé sur le territoire avec les entreprises et les collectivités locales. Je ne suis pas inquiet sur ce point car je vois que cela se réalise. Quantité de petites actions montre que nous pénétrons dans notre milieu. Tout cela n’existait pas il y a trois ans. Mais je conçois que ces changements peuvent être difficiles à percevoir de l’extérieur. Par ailleurs, nous avons de belles réussites : nous avons été présélectionnés pour devenir un Institut en Intelligence Artificielle. 100 millions d’euros seront partagés entre les quatre sites sélectionnés, les centres où les chercheurs en collaboration avec les entreprises travailleront sur l’IA.  L’université doit être là pour apporter des réponses, des regards différents.

SNM

Le second point est de réussir à avoir une vraie université composée de multiples acteurs. Nous devons doter la nouvelle université, UCA 2020, d’un nouveau statut juridique. Quand ce sera fait, cela voudra dire que les choses sont stabilisées pour un certain temps et la dynamique enclenchée.

JMG

Nous allons pouvoir un peu déroger au statut classique des universités classiques grâce à une ordonnance que l’Etat nous propose. La différence essentielle est que chaque acteur de l’université gardera sa personnalité morale au sein de l’université. Dans cette Université Côte d’Azur, il y aura un conseil d’administration général pour l’ensemble de l’université, mais l’Observatoire, par exemple, gardera son propre conseil d’administration mais emboîté dans celui de l’université. Il faut vraiment donner de la rapidité au système. Nous voulons de l’agilité.

UCA, a-t-elle un rayonnement international ? 

JMG

Si on regarde l’impact des publications scientifiques rapporté au nombre des chercheurs, nous sommes au-dessus du lot en biologie, nous sommes deuxième en sciences de la terre et de l’univers, troisième en médecine en France. En mathématiques, dans les classements internationaux, nous sommes dans les meilleurs mondiaux. Nous sommes très bien classés en informatique grâce à l’apport d’INRIA et de Sophia-Antipolis. Dans les domaines scientifiques en sens large, nous sommes dans une position très favorable.

SNM

L’ IDEX a permis d’attirer des chercheurs d’excellence de réputation mondiale dans leur discipline car on pouvait offrir un environnement de travail de bonne qualité, de qualité comparable aux  pays les plus avancés en la matière. C’est ce qui nous manquait jusqu’à présent pour être réellement attractif.  Nous avons par ailleurs noué des partenariats privilégiés avec des grandes universités étrangères, celle de Laval avec qui nous avons un partenariat renforcé, celle de Irvine en Californie, ou encore à Bengalore en Inde, ou ShanghaÏ.  Nous avons créé des instituts ou des plateformes partenariales de UCA à Da Nang au Vietnam, dans les Balkans, ou encore en Tunisie dans le cadre de l’Université Franco-Tunisienne à rayonnement Africain et Méditerranée. Nous pilotons la création d’une université franco-russe afin accroître les flux entre nous et les meilleurs institutions russes, membres des 5-100, équivalent russe des IDEX.

L’impact d’UCA sur les étudiants ?

JMG

Nous saurons que nous aurons réussi quand nous attirerons en grand nombre de bons étudiants.  Pour cela, il faut monter toute une variété de parcours que les étudiants vont apprécier. Actuellement, les très bons étudiants en maths vont en classe préparatoire. L’université doit être capable, en proposant des parcours intéressants dès la première année, de rivaliser avec les prépas, de montrer qu’elle propose des formations plus variées et tout aussi pointues. Nous avons donc reformaté toute notre offre de formations avec des parcours majeurs mineurs. Les étudiants peuvent se former à diverses disciplines. Comme tout le monde n’est pas appelé à faire de la recherche fondamentale, des formations de type ingénieur et des formations directement professionnalisantes ont été renforcées. Nous devons répondre au marché de l’emploi de notre territoire.

Le rôle de la Fondation dans cette dynamique UCA ?

JMG

La Fondation doit être notre vitrine. Son rôle est central. Quand nous avons eu l’IDEX, nous avons fait inscrire la fondation dans le consortium de l’IDEX. Nous ne sommes pas bons pour le mécénat en France mais là, il faut changer les choses. La fondation est un des lieux où les différents acteurs du territoire se rencontrent. Ces lieux sont rares, il faut les maintenir et les renforcer. La Fondation réunit différents acteurs qui portent un même souhait, la dynamique du territoire.

SNM

La fondation est importante car elle permet d’accroître le sentiment d’appartenance de l’ensemble des acteurs du territoire à leur université. Si vous n’avez pas fait d’études au sein de UCA, vous pouvez néanmoins penser que c’est important que vous vous sentiez proche de l’université. La question du sentiment d’appartenance est extrêmement importante car aujourd’hui nous vivons dans un monde de plus en plus complexe, dans lequel les gens ont du mal à s’identifier à quoi que ce soit. Avoir un sentiment d’appartenance envers son université, c’est essentiel, d’autant plus que demain elle sera un acteur majeur, elle jouera le rôle que remplissaient avant les grands pôles industriels, les grandes usines d’hier. L’université est un lieu d’interactions sociales aussi important que les complexes industriels du passé. De ce point de vue, le sentiment d’appartenance et de structuration sociale sur un territoire autour de l’université est fondamental. Et la fondation est un des objets qui permettent la convergence vers cela.

JMG

Si nous montrons que nous pouvons être un moteur de notre territoire, que nous avons des générations d’étudiants qui en ont profité et qui ont fait de belles carrières, nous pourrons créer un écosysteme. Les gens auront naturellement envie de financer les actions que nous faisons. La fondation commence à avoir des fonds propres grâce au mécénat. Les entreprises et les particuliers  mettent de l’argent dans la fondation, Ils défiscalisent tout en nous permettant de mener des projets qui à terme les intéresseront aussi. La Fondation est comme un accélérateur, un facilitateur pour l’université. Il faut que la Fondation devienne très visible pour que les gens aient envie d’aider le développement de projets précis.

 

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