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Rencontre avec le Pr. Jeanick Brisswalter, Président de Université Côte d’Azur

Quels sont les projets, les nouvelles perspectives de Université Côte d’Azur pour l’année à venir ?

Cette année, nous avons plusieurs enjeux en termes de projets. Le premier à très courte échéance, et c’est vraiment dans cette dynamique que nous nous situons, c’est la pérennisation de notre labélisation IDEX puisque l’évaluation n’a pas eu lieu en septembre mais a été reportée en avril et juin de cette année. L’objectif est de garder Université Côte d’Azur dans les neuf universités françaises intensives en recherche et à fort rayonnement international, de rester dans ce groupe d’universités avec lesquelles nous partageons les mêmes ambitions, la même conception de ce qu’est l’enseignement supérieur du XXIème siècle. Notre second enjeu est de pérenniser notre Institut Interdisciplinaire d’Intelligence Artificielle (3IA), un des quatre instituts français labélisés. Ces deux enjeux très institutionnels positionnent notre université comme étant une université du XXIème siècle, une université d’excellence dans tous les domaines et qui se projettent à l’international. Le troisième enjeu à court terme est de faire monter en puissance et de faire vivre l’alliance ULYSSEUS, le réseau des universités européennes pour lequel nous avons été labélisés en juillet et sur lequel nous serons évalués dans deux ans. Nous sommes responsables d’un work package autour d’un Innovation Hub sur le bien-être et le vieillissement, une force de notre territoire à visibilité internationale si nous couplons cette problématique avec l’Intelligence Artificielle.

Ensuite, nous avons également de grands enjeux structurels. Lauréate du Plan de relance Rénovation énergétique, l’université a été créditée d’un budget de 54 millions d’euros, deuxième budget universitaire en France, qui va nous permettre de restructurer et rénover massivement trois de nos campus universitaires : Carlone, Valrose et Trotabas. Par ailleurs, tous les autres campus vont bénéficier de cette rénovation énergétique, sauf le campus de Cannes qui ne va plus tarder à entrer en fonction. Nous sommes la seule université française à avoir 100% de ses projets financés dans le cadre de ce plan. La contrainte imposée à notre direction patrimoine est de mettre tous les chantiers en œuvre avant 2023. Dans la foulée, nous avons à finaliser le plan État-Région qui comprend la réalisation d’un grand projet immobilier : la construction du campus Santé sur le campus Saint Jean d’Angely qui accueillera les étudiants en médecine, les laboratoires de recherche et les équipements scientifiques. L’ensemble de ces chantiers permettra à l’université d’avoir un patrimoine immobilier à la hauteur de ses ambitions, des bâtiments en accord avec l’excellence de son IDEX.

Bien sûr, nous devons continuer à mettre en place notre nouvelle université dite expérimentale depuis le 1er janvier 2020, notamment la mise en place de nos écoles universitaires de recherche, nos huit Graduate Schools ou EUR (Écoles Universitaires de Recherche). Ce nouveau mode de fonctionnement nous permet d’articuler la recherche, la formation, l’innovation, en lien avec les acteurs du monde économique de notre territoire. Une des originalités de Université Côte d’Azur est d’avoir dans sa galaxie sept écoles d’art : la Villa Arson, le CIRM, l’ERACM (Ecole des acteurs de Cannes) qui sont pleinement des établissements de notre nouvelle Université Côte d’Azur et quatre autres écoles d’art qui y sont associées. En Sciences Humaines, nous avons maintenant deux EUR très lisibles. L’EUR Arts et Humanités, CREATES, travaille avec le campus de la Bastide Rouge de Cannes sur le développement d’un pôle important sur les industries créatives avec deux grands projets dont un Européen que nous pilotons. Nous voulons vraiment nous positionner dans ce domaine comme une université à la pointe de la formation, de la recherche et de l’innovation. La seconde EUR en Sciences Humaines, ODYSSEE, s’intéresse aux grands défis sociaux et environnementaux sur lesquels l’université est très bien positionnée également au niveau international. L’enjeu est que ces composantes récentes créent une nouvelle dynamique avec les composantes plus classiques qui demeurent : la Faculté de Médecine, d’Odontologie, Polytech, l’IUT, l’IAE, l’INSPé. Nous avons un grand travail à mener pour stabiliser cette nouvelle organisation. Quand nous l’aurons achevé dans deux ans, nous ne serons plus une université expérimentale mais un grand établissement confirmé.

De quelles manières la Fondation s’intègre-t-elle dans ces perspectives ? Quelles sont ses missions ?

Elle joue vraiment le rôle de levier. Sur toutes nos actions, et particulièrement sur les actions qui sont propres à l’IDEX qui est vraiment l’émulateur de notre université, l’initiateur de nos projets et de notre dynamique, la Fondation est un levier d’accélération. Avec la Fondation, nous travaillons sur des chaires thématiques, par exemple autour des ressources marines. L’université a une fédération de recherche qui s’intéresse à ce sujet, mais la Fondation qui héberge la chaire inclut dans une même dynamique à la fois cette unité, mais aussi des start-up, des entreprises, des chercheurs, des composantes de formation. La Fondation est le catalyseur du système. Elle nous permet d’augmenter notre dynamique et celle du territoire car elle fait le lien entre le monde académique et les acteurs du territoire sur des actions concrètes. La Fondation est impliquée dans tous les projets que nous menons à Cannes et elle joue également ce rôle de catalyseur au sein du Groupement de Coopérations Sanitaire (GCS) que nous avons formé avec les établissements de santé que sont le CHU, le CAL et LENVAL. Elle fait aussi partie de l’expérimentation que nous menons avec les collèges défavorisés dans le cadre du programme UCA Jedi Junior, comme elle va faire partie d’un nouveau programme Idex : UCA Champion.

La Fondation a organisé, il y a quelques semaines, la cérémonie de remise des bourses d’excellence. Ce type d’événement est une mise en lumière indispensable des actions que l’université mène dans le cadre de l’IDEX. La Fondation démontre ainsi toute la valeur ajoutée de notre université auprès des différents acteurs du territoire et c’est sans aucun doute là son premier rôle, avant même d’être un outil de levée de fonds, ce qu’elle deviendra dans un second temps. Nous n’avons pas la culture philanthropique des Anglo-Saxons. Si nous voulons intéresser les entreprises, la Fondation doit faire connaître son université. Une des grandes difficultés quand nous nous adressons au territoire est que la plupart des gens ne savent absolument pas ce que l’université réalise. Nos interlocuteurs ont souvent une vision de l’université qui date de cinquante ans. Qui sait que 70% de la recherche et de l’innovation en France se font au sein des universités ? Voilà une des grandes missions de la Fondation au-delà de récolter des fonds : donner cet éclairage, faire connaître le potentiel et l’utilité de l’université, faire le lien. Bien sûr, l’université a besoin que la Fondation soit aussi un outil de levées de fonds car cela participe au succès des actions.

La Fondation UCA est une jeune fondation. Quel bilan faites-vous de ses actions ? Quelles ambitions avez-vous pour elle ?

Je la suis depuis sa création car, avant de présider l’université, j’étais vice-président en charge de la Recherche. La Fondation est montée en puissance cette dernière année. La façon dont elle travaille convient parfaitement à nos projets car elle rentre dans la philosophie de l’université qui est d’affirmer que l’université doit un être un acteur de son territoire. En faisant le lien entre les entreprises, les collectivités, le monde académique, elle favorise l’innovation. Ce que nous souhaitons, c’est qu’elle puisse disposer de davantage de moyens pour mener ses actions. Nous avons des projets à incuber au sein de la Fondation mais nous n’attirons pas encore assez de partenaires pour les financer. L’ambition de l’université est que la Fondation grandisse et qu’elle devienne un outil pour l’ensemble de nos partenaires, pour les acteurs socio-économiques du territoire avant même d’être un outil pour l’université. Nous voudrions que le premier réflexe des entreprises et des collectivités soit de se tourner vers la Fondation UCA. Elle doit prendre sa place, s’ancrer toujours plus dans le territoire, gagner toujours plus de crédibilité. Mais vraiment, nous avons vu la Fondation se développer et se donner au fil des mois les moyens de ses ambitions. Un des grands chantiers de l’université est de construire un vrai réseau actif d’alumnis sur lequel la Fondation pourra s’appuyer à l’avenir, ce qu’elle ne peut pas faire aujourd’hui malheureusement.

La Fondation a constitué un fonds d’urgence covid pour les étudiants lors du premier confinement. Comment vont les étudiants de Université Côte d’Azur aujourd’hui ?

Depuis début janvier, les étudiants ont repris les travaux pratiques et nous préparons actuellement la reprise des cours à 20%, en fonction de la jauge autorisée par le Gouvernement. Nous allons monter en puissance dans le courant du mois de février. Nous partons de l’idée que les prochaines mesures, notamment si un confinement devait être décidé, ne concerneront pas les universités cette fois. Nous conserverons bien sûr un mode d’enseignement hybride puisque nous ne pourrons pas remettre l’ensemble de nos étudiants en présentiel. Mais il faut que les étudiants reviennent au moins en partie sur les campus pour la qualité de l’enseignement, pour les projets personnels des étudiants, pour leur bien-être. Ils ont besoin d’interactions avec leurs enseignants et leurs pairs, nous le disons depuis le début. Le tout distanciel est un mode d’enseignement dégradé. Le mode hybride que nous proposons n’est plus celui du premier temps de crise, il permet désormais des échanges de qualité avec les enseignants qui viennent compléter l’enseignement sur le campus. Toutes les promotions ont souffert de la situation, les premières et les deuxièmes années sans doute plus que les autres. Nous n’avons pas encore les résultats qualitatifs des examens, mais les résultats quantitatifs sont encourageants. Nous n’avons pas eu plus d’abandons, donc pas de décrochage massif sur le nombre de présents aux examens par rapport au premier semestre des autres années. L’université a mis très vite en place un fonds de solidarité, des dispositifs sanitaires, financiers, médicaux, psychologiques et numériques pour soutenir les étudiants dont nous avons senti très vite la fragilité. Grâce à la Fondation et aux liens privilégiés qu’elle entretient avec ses partenaires, nous avons pu mettre à disposition de nos étudiants en situation précaire le matériel informatique indispensable aux cours en distanciel. Université Côte d’Azur a mis tout en œuvre, en collaboration avec les associations étudiantes et la Fondation, pour éviter l’isolement et la précarité des étudiants. Tous les acteurs du territoire ont appris à travailler ensemble pendant cette crise et continuent à le faire. Je tiens à préciser que nos étudiants dans leur immense majorité ont eu un comportement très responsable. Le taux d’incidence sur nos campus est inférieur à celui des villes.

Photographie : (c) Christophe ROUSSEAU / Université Côte d’Azur

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