Rencontre avec un de nos donateurs, membre du conseil d’administration de notre fondation

 

Entretien avec Grégory Verger-Dubois, donateur et membre du conseil d’administration de la Fondation UCA, Président Directeur Général des Laboratoires JYTA, fabricant de cosmétique traditionnelle et solide, entreprise de la zone industrielle de Carros.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ?

Après avoir été quelques années directeur financier dans une PME de la filière cosmétique, j’ai investi en 2008 dans les laboratoires JYTA. Je cherchais à reprendre une entreprise parce que j’ai toujours eu cette fibre entrepreneuriale et j’ai eu un véritable coup de foudre pour JYTA. Cette société était vieillissante, au ralenti, mais elle avait une âme, une histoire à laquelle j’ai eu immédiatement envie d’appartenir. J’ai pris la présidence de JYTA en 2011 quand mon épouse a rejoint l’aventure. Nous avions à l’époque un salarié, un chiffre d’affaires peu confortable, mais nous avons relevé les manches avec une ligne directrice qui tient en trois mots : innovation, intégrité, redistribution. Aujourd’hui, les laboratoires JYTA sont devenus un des leaders dans la fabrication de cosmétique solide, nous employons une trentaine de salariés et notre activité est en pleine croissance.

Quelles sont les ambitions du groupe Verger-Dubois ?

99% de notre production sont d’origine naturelle et l’ambition du groupe est de toujours chercher à valoriser des produits de qualité issus de l’agriculture nationale, quand c’est possible bien sûr. Nous voulons inscrire notre activité dans un projet global de préservation des ressources. Nous choisissons nos clients avec soin depuis le début de notre activité parce que la confiance est le fondement non négociable de nos relations d’affaires. Ainsi, nous travaillons de plus en plus avec de jeunes créateurs, de nouvelles marques qui élaborent des produits zéro déchet, ou d’autres qui redistribuent leurs bénéfices au profit d’associations caritatives. L’objectif du groupe est, d’autre part, d’internaliser au maximum sa production, d’innover en ce sens pour créer un cercle vertueux dans notre domaine. En lien avec Université Côte d’Azur, nous avons lancé la start-up NISSACTIVE dont l’objectif est de mettre au point des actifs cosmétiques, nutraceutiques, à partir de co-produits issus de l’agriculture locale comme le chêne truffier, la rose de Grasse, la prune de Brignoles, ou de l’industrie agroalimentaire. Par ailleurs, le groupe a développé sa propre filiale d’approvisionnement de matières premières, GREENCOAST, qui a deux raisons d’être : aider les petits producteurs dans le monde en leur permettant de vivre de leur production (L’huile de marula que nous utilisons fait vivre plusieurs familles en Afrique du Sud par exemple) et d’avoir les moyens financiers d’obtenir des labels ou des certifications biologiques. Une partie des bénéfices de GREENCOAST est réinvestie dans un projet R&D de création d’un tensio-actif, ou agent moussant, écocertifié produit en France, éco sourcé et non sulfaté pour les cosmétiques solides. Nous ne prétendons pas sauver la planète mais nous avons la conviction que notre activité n’a de sens en réalité que si elle est soutenue par une motivation humaniste. La crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui nous convainc d’autant plus que nous avons une vraie démarche à entreprendre pour soutenir notre agriculture en favorisant l’utilisation d’huiles locales dans nos productions.

Pouvez-vous revenir sur ce terme de redistribution ?

Ma femme et moi, nous nous sommes lancés dans l’entrepreneuriat avec une idée en tête : nous devions redistribuer, donner à la mesure de ce que nous allions gagner. Nous ne voulions pas travailler uniquement pour notre propre bénéfice, mais aussi au bénéfice des plus fragiles. Mais au fond, soyons francs, cela reste une démarche égoïste parce que l’acte de donner nous procure une satisfaction. Concrètement, le groupe est mécène de l’Opéra de Nice, d’une association qui agit en faveur des autistes asperger, de l’association ANICES (Association Niçoise d’Initiatives Culturelles et Sportives), et bien d’autres. Nous donnons ponctuellement ce que nous pouvons à d’autres causes humanitaires ou environnementales et nous soutenons de jeunes artistes en leur achetant des œuvres que nous exposons dans nos bureaux. Nous avons créé les laboratoires NAIOMY spécialisés dans les shampoings pour les animaux qui reversent 5% de son CA à l’association Pepet’s, présidée par mon épouse, qui vient en aide aux refuges d’animaux, à de petites structures peu subventionnées. Mes fournisseurs de matières premières savent que quand je négocie avec eux, une partie des gains de ces négociations est reversée sous forme de dons, l’autre partie alimentant bien sûr la croissance de l’entreprise. Nous tenons à redonner ce que l’on nous a donné. Des personnes nous ont aidés à arriver là où nous sommes, personne ne réussit seul. C’est à notre tour de tendre la main.

Vos salariés participent-ils à cet élan philanthropique ?

Le groupe Verger-Dubois, c’est un ensemble, salariés et cadres compris. Nous poursuivons un objectif collectif. Par exemple, depuis cette année, chaque salarié du groupe dispose d’une journée rémunérée par l’entreprise durant laquelle il peut se mettre bénévolement au service d’une association caritative de son choix.

Pourquoi avez-vous fait un don en faveur des étudiants via la Fondation UCA ?

Nous avons des liens avec l’université depuis nos débuts. Le premier salarié que nous avons embauché était une apprentie du Master FOQUAL et nous avons financé, en collaboration avec l’ICN, une thèse qui a débouché sur la création de la start-up NISSACTIVE. Elle avait d’ailleurs obtenu le premier prix du concours de création d’entreprise de la fondation. Nous allons être parrain du Master COMEDD de l’IMREDD et notre filiale AXLEPIOS Biomedical finance deux thèses sur un sujet plus éloigné de notre domaine mais, à mon sens, porteur d’avenir. Quand nous avons reçu l’emailing de la fondation qui nous appelait à venir en aide aux étudiants en difficultés, j’ai pensé à deux amies étudiantes qui vivaient dans de petites chambres du CROUS quand j’étais moi-même étudiant. Je me suis rappelé à quel point la situation des étudiants pouvait être difficile. Des jeunes sans ordinateur, la BU fermée, isolés de leurs familles pour les étudiants étrangers… Quelle souffrance morale ! Nous devions les aider, même si la crise ne nous permettait pas de faire un don aussi important que nous l’aurions voulu.

Et vous êtes entré au conseil d’administration de la Fondation…

Faire un chèque, c’est assez facile et rapide. Par contre, donner de son temps, c’est tout autre chose. Nous avons une holding qui entre en participation dans les start-up de jeunes créateurs de la cosmétique, nous leur offrons nos formulations en échange de l’exclusivité de la fabrication de leurs produits. Si nous pouvons faire de la philanthropie, c’est aussi parce que nous faisons des affaires. Mais ce que nous leur offrons, c’est surtout notre savoir, notre expertise, notre réseau, l’expérience que nos échecs passés nous ont donnée, notre temps. J’aime à penser que nous appartenons à une génération de chefs d’entreprise bienveillants. L’investissement que j’ai auprès des jeunes entrepreneurs, j’aimerais l’avoir auprès des étudiants. L’avenir se joue dans les facultés, dans les écoles de commerce et je pense que les chefs d’entreprise peuvent apporter une nouvelle vision des choses, une vision juste et réaliste. Nous avons des enseignements à transmettre. Au dernier conseil d’administration, deux étudiantes sont venues présenter un projet magnifique, UNIWAY, une application destinée aux handicapés. Soutenir des initiatives aussi généreuses et prometteuses, c’est ce que je souhaite. Je devrais m’investir davantage à l’avenir dans les réseaux locaux, et du territoire. La fondation me donne l’opportunité d’aider des projets à avancer, d’accompagner des étudiants pour leur éviter mes erreurs. En soutenant pleinement la feuille de route de la Fondation, encore une fois, je rends ce que l’on m’a donné.

Vous aussi, vous pouvez soutenir les étudiants de Université Côte d’Azur en faisant un don au profit du fonds d’urgence Covid-19.

Photographie : (c) Droits réservés

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