WIVRE : Vers la mise au point d’une thérapie révolutionnaire contre le cancer. La protéine WT1, une cible thérapeutique prometteuse

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Docteur Kay-Dietrich WAGNER, cardiologue et Docteur Nicole WAGNER, pédiatre / IBV Institut de Biologie VALROSE à Nice (06) – UNS – CNRS UMR 7277 – Inserm 1091 – Directeur de Recherche de l’ Equipe « Angiogénèse au cours du développement et en condition pathologique.

Entretien avec le docteur Kay Wagner, directeur de recherche de l’INSERM, Université Côte d’Azur, lauréat du prix de la cancérologie de l’Académie des Sciences, et le docteur Nicole Wagner, chargée de recherche à l’INSERM.

Les docteurs Kay Wagner et Nicole Wagner, chercheurs à la faculté de médecine de Nice, ont été parmi les premiers au monde à mettre en évidence le potentiel thérapeutique d’une inhibition de la protéine WT1 dans le traitement du cancer. Leur découverte a notamment contribue à ouvrir la voie à un traitement antitumoral innovant : des injections intradermiques répétées de peptides de WTI. Des équipes japonaises, américaines et belges ont obtenu des résultats enthousiasmants : une stabilisation ou une régression de cancers très divers. Cependant, le vaccin est inefficace quand le patient est âgé, affaibli, ou quand le cancer est à un stade trop avancé. Le projet WIVRE, porté par les docteurs Kay et Nicole Wagner et soutenu par la Fondation UCA, poursuit donc un nouvel objectif : trouver un médicament capable de cibler rapidement la protéine WT1 avec peu d’effets secondaires.

Pouvez-vous revenir sur la découverte majeure du rôle de WT1 dans le développement du cancer ?

Nous avions constaté que la protéine WT1 était une actrice majeure de l’embryogenèse, le développement du fœtus, dont certaines étapes sont assez similaires à celui d’une tumeur. Ce constat nous a amené à étudier, en collaboration avec le service d’anatomie et cytologie pathologique du CHU de Nice (Professeur Jean-François Michiels), des tumeurs de types différents. Nous avons alors découvert que 95% d’entre elles présentaient des niveaux élevés de WT1 dans les vaisseaux intratumoraux. Nous avons voulu comprendre comment ce gène fonctionnait, quel était son rôle. C’est ainsi que nous avons mis en évidence que WT1 joue un rôle essentiel dans le développement de la tumeur. Il favorise le développement des vaisseaux qui vont nourrir la tumeur. Il intervient en bloquant la destruction des cellules cancéreuses par les cellules immunitaires et enfin, il est responsable de la métastase. Lorsque WT1 est exprimé, tous les organes sont envahis. En son absence, il n’y a presque pas de métastase. Ces découvertes ont ouvert des voies thérapeutiques très prometteuses.

Un vaccin a été développé par une équipe japonaise. Quels sont ces résultats ?

Le Pr Sugiyama a développé, en effet, un vaccin contre WT1. Le protocole conduit au Japon, et depuis aux États-Unis et en Belgique, a donné des résultats très impressionnants. Et d’ailleurs, le professeur Sugiyama est venu à Nice nous détailler ses avancées. Le vaccin contre WT1 stimule le développement d’une réponse immunitaire contre la sur-expression de WT1 dans les cancers et induit ainsi la destruction des tumeurs. Les injections de peptides de WT1 ont été capables d’induire chez un certain nombre de patients la stabilisation ou la régression de cancers variés. De plus, le vaccin est très bien toléré avec peu d’effets secondaires. Les premiers essais ont confirmé ce que nous avions découvert. Malheureusement, ce traitement ne peut pas être administré à tous les patients. Il exclut les patients trop âgés, les patients qui ont subi une ou deux chimiothérapies et ceux atteints d’un cancer à un stade avancé.

Pourquoi ce vaccin n’est-t-il pas développé en France ? Il l’est en Belgique par exemple…

C’est une question de prudence, il faut quelques années avant que des recherches et des essais thérapeutiques n’aboutissent à la mise sur le marché d’un traitement. L’ensemble des équipes travaillent en ce sens.

Mais l’équipe du projet WIVRE travaille sur des thérapies encore plus innovantes…

Oui, car nous pensons qu’un ciblage pharmacologique de WT1 pourrait être plus efficace, ou être  le complément indispensable du vaccin. Le médicament pourrait agir plus rapidement que le vaccin et baisser le taux de patients non répondeurs. Notre projet, WIVRE, a pour objectif de définir une stratégie efficace contre le cancer, des modes d’actions thérapeutiques rapides et sans effets secondaires. Nous voulons donc identifier des molécules capables d’inhiber WT1.

Pouvez-vous nous expliquer simplement comment vous allez pouvoir identifier ces molécules ?

Nous avons généré des lignées de cellules exprimant des niveaux élevés de WT1 sur lesquelles nous testons directement les effets de substances pharmacologiques. Faute de financement, pour l’instant, nous faisons tout à la main, ce qui nous prend un temps fou. Mais, nous avons réussi à tester 2 000 substances ces douze derniers mois. Sur ces 2 000 substances, après d’autres séries de tests qu’il serait trop long de détailler ici, nous avons identifié 8 substances capables d’inhiber WT1 à des dosages intéressants pour un médicament. Nous allons les tester ces 8 sur des souris. Ce processus est prometteur, mais beaucoup trop long, trop chronophage. Nous voudrions automatiser ces tests en collaborant avec l’IME de Screeningport qui peut nous donner accès à une bibliothèque de 100 000 molécules ! L’accès à ces tests élargirait considérablement nos recherches car nous pourrions identifier beaucoup plus de molécules capables d’inhiber WT1, ce qui démultiplierait nos chances d’aboutir à la mise au point d’un médicament efficace. Pour accéder à cette bibliothèque de molécules, à ces tests automatisés, nous avons besoin d’être financés. Une molécule testée coûte 1 euro.

Donc le manque de financement freine votre étude et retarde la mise au point de ce traitement prometteur ?

Oui, parce qu’en l’absence de financement, nous devons continuer nos tests à la main. C’est extrêmement fastidieux et lent. Nos recherches n’intéressent pas beaucoup l’industrie pharmaceutique car notre thérapie anti-cancer aura un coût très modéré. Nous devons compter sur la générosité de tous pour accélérer le développement de notre projet WIVRE. L’équation est très simple : si nous voulons tester cette bibliothèque de 100 000 molécules, nous avons besoin de 100 000 €.

Une molécule, 1 €. Donc tous les dons comptent…

Un don de 100 € se traduira par 100 molécules testées. Plus nous testons de molécules capables d’inhiber WT1, plus vite nous pourrons développer une nouvelle stratégie thérapeutique contre le cancer. Nous faisons donc un appel aux dons. Chacun peut contribuer à cette avancée majeure pour les patients atteints d’un cancer en faisant un don sur le site de la Fondation UCA. Nous remercions d’avance nos futurs donateurs.

La Fondation UCA vous invite à contribuer au développement du projet WIVRE en faisant un don.

Photographies : (c) Droits réservés

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